Quand j’ai connu Gwenaël Manac’h, il était déjà soucieux de ce que son dessin raconterait. Plutôt qu’une maîtrise parfaite, il voulait trouver sa route personnelle vers l’écriture en bande dessinée. C’est notamment à travers le symbolisme et son utilisation des métaphores visuelles qu’il en a trouvé des éléments singuliers.
Gwenaël essayait de rendre visibles et palpables les rouages du monde injuste qui l’entourait. Les matérialiser et les fictionnaliser dans l’espoir de les identifier, les comprendre pour mieux apprendre à vivre ensemble.
Après La cendre et le trognon (2019), où ses personnages portaient leurs bagages sociaux et intimes littéralement comme des bagages de toutes formes et tailles, il sort Les pierres de familles (2023), livre sur lequel se concentre cette exposition et qui nous parle d’un monde où les pères, les frères, les fils, les hommes, se transforment peu à peu en gigantesques statues. En Moaï.
Au centre, le thème de la masculinité toxique, ses enfermements émotionnels et ses dégâts dans les espaces publics et intimes. Mais plutôt que de se contenter de décrire un mal, ce que met en scène le récit de Gwenaël, c’est le processus d’un changement de système et ce qu’il charrie d’échecs. Résister, changer, c’est un travail constant et difficile et la bonne solution, si elle existe, ne viendra pas d’un coup.
Dernièrement il avait commencé à s’intéresser aux travaux de l’anthropologue David Graeber, pour un prochain projet potentiel . Nous ne savions pas que Les pierres de familles serait son dernier livre. Gwenaël est mort d’un cancer en septembre 2025, à l’âge de 35 ans.
J’aime reconnaître mon ami dans ce livre, ses blagues, ses mots, ses fixettes graphiques, ses rêves mais aussi ses propres biais qu’il a eu le courage de vouloir regarder en face.
Cette exposition est une invitation à découvrir ou redécouvrir son travail, mais aussi l’occasion de penser à lui et combien il nous manque.
Commissariat & scénographie : Aniss El Hamouri, Nolwenn Manac’h et Antoine Pédron